Maison des Vents — 2024

Construire avec le vent, non contre lui.

Lubéron · Vaucluse

Résidentiel privé

Pierre · Béton · Terre

318 m²

Présentation

Une maison qui s'est allongée dans le sol pour ne pas déranger le ciel.

La Maison des Vents est une résidence de 318 m² semi-enterrée sur un plateau calcaire à 620 mètres d’altitude dans le Lubéron, à quelques kilomètres d’Apt. Le programme associe un grand séjour ouvert sur le paysage, quatre chambres en demi-niveau, un patio central à ciel ouvert et une terrasse-cuisine orientée plein sud. La commande était singulière : construire une maison presque invisible depuis la route, aussi ancrée dans le sol qu’un abri de berger, mais aussi habitée qu’une maison de ville.

Le résultat est une maison enfouie et lumineuse à la fois, les deux tiers du programme disparaissent dans le sol, et c’est précisément ce retrait qui libère le regard vers le massif du Grand Lubéron.

Lieu

Apt, Vaucluse

Année de livraison

2024

Surface habitable

318 m²

Type

Maison — haut de gamme

Altitude

620 m — plateau de garrigue

Structure

Béton banché + maçonnerie pierre sèche locale

Façade

Pierre calcaire locale + enduit chaux naturelle

Paysagiste

Atelier Terra, Aix-en-Provence

Ingénierie

Ventoux Struct, Avignon

Récit de projet

Ce que le vent impose, et ce que la pierre apprend à absorber.

Le chantier a duré dix-sept mois. La chaleur de l’été provençal a dicté ses propres règles : travaux tôt le matin, arrêts l’après-midi, matériaux choisis pour leur inertie thermique. Le mistral a fait le reste.

Le vent comme premier architecte

Quand Julien Marceau a arpenté la parcelle pour la première fois, c’était un mardi de février. Le mistral soufflait à plus de 80 km/h. Il a planté un piquet au centre du terrain, s’est accroupi derrière, et depuis cet angle abrité a découvert la vue : le Grand Lubéron dégagé, immense, silencieux. La maison était là, dans ce geste d’abaissement.

La décision fondatrice a été simple : enterrer les deux tiers du programme. Les chambres descendent en demi-niveau, leurs fenêtres affleurant le sol extérieur, encadrées par des jardinières de lavande. Seul le séjour émerge du plateau, coiffé d’une toiture végétalisée qui se fond dans le paysage. Vue depuis la route, la maison disparaît. Vue de l’intérieur, elle embrasse l’horizon sans discontinuité.

« Je voulais une maison qu’on ne voit pas de la route. Mais depuis laquelle on voit tout. »

La pierre comme climatiseur naturel

Les murs porteurs sont montés en pierre calcaire extraite à huit kilomètres du chantier. Ce matériau, que les paysans provençaux utilisaient pour leurs restanques depuis des siècles, possède une inertie thermique remarquable : il absorbe la fraîcheur nocturne et la restitue lentement tout au long de la journée. En plein juillet, l’intérieur reste à 23°C sans aucun système actif de refroidissement.

Le studio a résolu la ventilation naturelle par un principe de cheminée thermique inspiré des bastides anciennes : l’air frais entre par les ouvrants bas côté nord, traverse le séjour en longueur, et s’échappe par les lanterneaux en toiture. Le mistral, au lieu de battre la façade, amplifie ce tirage naturel. Il devient allié plutôt qu’adversaire.

L'intérieur comme grotte habitée

À l’intérieur, tout rappelle le troglodyte raffiné. Les murs sont enduits à la chaux naturelle teinte ocre pâle, granuleuse sous les doigts, lumineuse dans l’ombre. Les sols sont en terre cuite grand format posée à joints larges. Les plafonds légèrement voûtés des chambres évoquent les caves provençales. Et au cœur du séjour, un feu de masse en terre réfractaire qui rayonne doucement pendant douze heures après une seule flambée de genévrier.

Galerie photographique

Chaque prise de vue est un moment précis de la journée.

Données techniques

Construire enterré exige une rigueur accrue.

318

m² habitables

17

mois de chantier

620

m d’altitude

Structure & Enveloppe

Fondations

Radier béton sur calcaire naturel

Ossature

Voûtes béton banché + pierre calcaire sèche

Isolation

Terre végétale 40 cm en toiture végétalisée

Bardage ext.

Pierre calcaire locale — carrière d’Apt

Façade principale

Châssis bois-alu laqué bronze patiné

Toiture

Toiture plate végétalisée — thym et gazon ras

Performance & Énergie

Label

RE 2020 — Niveau E3C1

Chauffage

Inertie pierre + feu de masse terre réfractaire

ECS

PAC géothermique + 14 capteurs solaires thermiques

Ventilation

VMC double flux

Consommation

< 38 kWh/m²/an

PV

14 panneaux PV intégrés en pergola sud

Palette matériaux

Quatre matières, une grammaire cohérente.

1

Pierre calcaire locale — carrière d’Apt

Extraite à 8 km du chantier. Inertie thermique élevée — stocke la fraîcheur la nuit, la restitue le jour.

1

Enduit chaux naturelle

Teinte ocre pâle appliquée à la main en finition granuleuse. Respire, régule l’humidité et vieillit noblement.

1

Terre cuite grand format

Carreaux 60×60 cm posés à joints larges. Chaleur sous les pieds, inertie thermique naturelle.

1

Chêne blanchi huilé

Menuiseries intérieures et placards. Blanchi à l’eau oxygénée — teinte claire qui amplifie la lumière diffuse du patio.

« Je voulais une maison qu'on cherche du regard depuis la route et qu'on ne trouve pas. Le paysage devait la garder pour lui. »

Julien Marceau

Architecte DPLG
Marceau Studio — 2023